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Rôle et place du doctorant-enseignant au sein de l’institution

Les difficultés…

Les groupes d’analyse réflexive des pratiques d’enseignement ont soulevé des problématiques qui peuvent entrer en résonance, pour les doctorants-enseignants, avec les diverses disciplines enseignées : sociologie, sciences, lettres, psychologie, philosophie, etc. En effet, les grands thèmes qui ont traversé nos échanges ne sont pas restreints à un champ d’étude, ni à une pratique singulière d’enseignement.

Tout d’abord, le positionnement du doctorant-enseignant, qui doit associer sa pratique d’apprenti-chercheur (avec un statut de doctorant mal défini) à celui d’enseignant et de salarié de l’université, répondant à des exigences de formation et d’implication, est apparu comme l’une des premières difficultés rencontrées. En effet, le statut en premier lieu, de doctorant et de salarié, rend difficile son positionnement auprès des étudiants, qui souvent perçoivent leur manque d’expérience et auprès desquels il faudrait « faire autorité ».

Par ailleurs, le doctorant-enseignant est confronté à la difficulté d’assurer et d’assumer des cours qu’il maîtrise peu ou mal, dans la mesure où, en début de carrière, il n’a pas une connaissance approfondie des différents domaines autour desquels sa recherche peut graviter et dont il doit assurer l’enseignement.

En outre, le doctorant-enseignant est amené à s’insérer dans une équipe de recherche et d’enseignement, amené à communiquer avec des collègues maîtres de conférence ou professeurs avec lesquels il doit entretenir des relations professionnelles auxquelles il n’est pas habitué. Parfois, ces relations s’étendent à l’enseignement lui-même, qu’il doit préparer en collaboration avec d’autres enseignants ou dont il doit transmettre aux étudiants un contenu qui ne lui appartient pas (lorsque le cours est partagé en plusieurs groupes au contenu commun).

Les chances…

Malgré la charge de travail importante qu’incombe au doctorant-enseignant  et les difficultés qui découlent de son manque d’expérience, son poste est, en réalité, très enviable. Le doctorant-enseignant appartient déjà au milieu académique, un secteur assez prestigieux, qui représente, aux yeux d’enseignants-chercheurs et d’autres professionnels, un compromis satisfaisant entre le nombre d’heures de travail et la rémunération correspondante. De plus, le doctorant-enseignant fait partie d’une minorité des doctorants qui réussissent à s’assurer un financement de long terme pour leur thèse. Cela étant d’autant plus rare pour les sciences humaines et sociales, les doctorants-enseignants dans ces disciplines ont entièrement le droit de s’estimer chanceux de pouvoir mener leur travail de recherche dans ces conditions d’encadrement et de stabilité.

Le contrat doctoral avec mission d’enseignement offre aux doctorants-enseignants l’opportunité d’expérimenter la double vie des enseignants-chercheurs, pour une période déterminée, au terme de laquelle chaque bénéficiaire de contrat aura acquis des expériences professionnelles tout à fait précieuses. Ces trois ans ressemblent en quelque sorte à un stage de très longue durée, bien rémunéré, et tout à fait congruent avec la réalité du métier dont il est la mise en abyme. A la fin de son contrat, le doctorant-enseignant saura sans aucune ambiguïté s’il souhaite poursuivre une carrière académique, ou bien s’il fera valoir ses acquis professionnels et personnels dans un autre milieu.

Puisque la recherche est une procédure essentiellement motivée par l’envie d’apprendre et la curiosité intellectuelle et que l’enseignement s’avère souvent aussi bénéfique pour l’enseignant que pour l’élève, le doctorant-enseignant, en tant que personne qui cherche à se développer davantage, peut tirer doublement profit de son statut. Et il saura faire cela au maximum, s’il parvient à compter avec les quelques problèmes qui accompagnent son métier et qu’il apprend à les résoudre à son avantage. 

Recueil d’expériences

Le doctorant-enseignant n’a parfois aucune expérience d’enseignement. Il lui faut donc composer avec des repères qu’il ne maîtrise pas : gestion du temps, être clair, écouté, intéressant et intéressé, gérer les absences et retards, les comportements problématiques d’étudiants, etc. Les situations nouvelles auxquelles il doit s’adapter sont diverses. L’une des questions qui est revenue à de nombreuses reprises lors de l’analyse réflexive des pratiques est celle de la notation. En effet, le doctorant-moniteur n’a souvent pas de repère et peine à noter de façon « juste », en particulier en sciences humaines où la question se pose de façon prégnante. En analyse réflexive, cette question a souvent été étroitement liée à celle de l’implication du notateur : que note-on exactement ? L’empathie a-t-elle sa place dans les critères de notation ? De même, la question de l’intérêt et du désintérêt des étudiants a été posée : comment rendre les cours intéressants ? Comment pousser les étudiants à s’investir dans leur travail ?

De plus, l’importance de l’institution universitaire, de ses codes et de ses contraintes, a souvent été interrogée et critiquée. En effet, il apparaissait parfois que les problèmes soulevés par le doctorant-moniteur étaient étroitement liés au cadre imposé par l’université, apparaissant parfois inadapté, ou en partie inadapté, aux cas particuliers et aux difficultés rencontrées entre autres par les étudiants.

Enfin, la question de l’émotion, de sa place et de sa gestion, aussi bien du point de vue des étudiants que de celle de l’enseignant, a surgi au cours de nos séances : comment gérer une situation émotionnellement délicate avec un ou des étudiants ? En particulier au regard du groupe ? De même, comment gérer ses propres émotions, vis-à-vis d’un étudiant ou du groupe ? Et plus généralement, comment avoir une idée de l’image que l’on renvoie ?

L’ensemble de ces problématiques et enjeux liés à l’enseignement et au statut ambigu du doctorant-contractuel n’ont pas été envisagés dans une perspective de résolution univoque, mais de mise en partage, d’échanges et de réflexivité propres à résonner au-delà des séances proposées.